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Mortalité des abeilles : l’Anses recommande un renforcement de la réglementation européenne sur les produits phytosanitaires et rappelle la nécessité d’une approche multifactorielle des risques

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Actualité du 31/05/2012

Le Cruiser OSR est un insecticide autorisé sous forme de semences enrobées pour la culture du colza. Il comprend trois substances actives, dont un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, le thiamethoxam. Les résultats d'une étude publiée récemment dans la revue "Science" mettent en évidence un effet néfaste d'une dose sublétale de thiamethoxam sur le retour à la ruche des abeilles butineuses. Dans ce contexte, l'Anses, en lien avec son homologue européenne l'EFSA, souligne la nécessité de poursuivre les travaux de recherche et appelle à une évolution de la réglementation européenne pour intégrer à l'évaluation des produits phytopharmaceutiques des expérimentations permettant une meilleure prise en compte des effets sublétaux d'une exposition aux néonicotinoïdes. Elle rappelle, par ailleurs, la nécessité d'une approche multifactorielle des risques pour lutter efficacement contre le phénomène de mortalité des abeilles.

L'Anses a été saisie le 23 mars 2012 par le ministère chargé de l'Agriculture d'une demande d'appui scientifique et technique sur les conséquences éventuelles à tirer de la publication d'un article dans la revue "Science "(Henry et al, 2012). Ce travail rapporte, sur une base expérimentale, les effets sur les abeilles du traitement par une substance néonicotinoïde de semences de culture nectarifère (type Colza). Cette étude tend à démontrer que l'exposition des abeilles à des doses sublétales de thiamethoxam cause un certain nombre de troubles du comportement des abeilles, et, du fait d'un défaut de retour à la ruche, pourrait intervenir dans les mécanismes de fragilisation des colonies d'abeilles.

Pour mener à bien son expertise, l'Anses a réalisé une audition des auteurs de l'étude. Elle a, par ailleurs, obtenu des résultats d'analyses de teneurs en thiamethoxam, clothianidine et sucres de nectars, prélevés à la demande des pouvoirs publics, à partir de différentes variétés de colza traités ce printemps avec du Cruiser OSR, afin de pouvoir comparer les niveaux d'exposition utilisés dans l'étude expérimentale, avec des données réelles de terrain. Elle a enfin confronté les résultats issus de cette étude avec toutes les données disponibles, en particulier celles issues du dossier de demande d'autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR.

Les conclusions de cette expertise, validées par le comité d'experts spécialisé « produits phytosanitaires » de l'Agence, sont les suivantes :

  • L'expérience menée par les auteurs de l'étude, basée sur un suivi individuel de retour à la ruche des abeilles grâce à la technique de puces RFID, est une approche originale de l'étude comportementale des abeilles butineuses exposées à une substance phytopharmaceutique. Elle met en évidence un effet néfaste d'une dose sublétale de thiamethoxam sur le retour à la ruche des abeilles butineuses.
  • Les données de terrain indiquent que, dans les conditions de pratiques agricoles actuelles, l'exposition des abeilles au thiamethoxam via les résidus de nectar de colza (de 0,1 à 0,33 ng/abeille selon les résultats d'analyse obtenus) est inférieure à la dose utilisée dans l'expérience (1,34 ng/abeille). Cependant, une exposition à cette dose ne peut être totalement exclue dans des circonstances particulières.
  • Les conséquences des effets observés sur le devenir de la colonie d'abeilles, étudiées au moyen d'une modélisation mathématique non validée pour cette utilisation, ne sont pas clairement établies. Les résultats présentés dans l'étude ne sont pas considérés comme remettant en cause les conclusions de l'évaluation des risques menée selon les critères réglementaires actuels dans le cadre du dossier de demande d'autorisation de mise sur le marché de la préparation Cruiser OSR. Cependant, ils mettent en évidence les limites des modèles mis en œuvre dans ce cadre pour évaluer le retour à la ruche des butineuses.

L'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), saisie du même sujet par la Commission Européenne, a été associée par l'Anses aux auditions réalisées, et aboutit à des conclusions comparables.

Enfin, concomitamment à la publication analysée par l'Anses, d'autres études menées avec des protocoles différents, ont récemment mis en évidence certains effets néfastes de l'exposition à des doses sublétales de néonicotinoïdes sur l'état de santé des colonies de bourdons et d'abeilles.

Sur cette base, l'Anses recommande :

  • De poursuivre les expérimentations sur la base de la technologie RFID en faisant varier les niveaux d'exposition pour se rapprocher davantage des doses auxquelles les abeilles sont communément exposées, et en approfondissant les conséquences des effets néfastes observés individuellement sur la dynamique de la colonie d'abeilles. Ce travail permettrait de valider un protocole d'étude permettant de mieux décrire les effets sublétaux d'une exposition aux néonicotinoïdes, et pourrait être pris en compte dans l'évolution de la réglementation européenne.
  • D'engager une réévaluation au niveau européen des substances actives néonicotinoïdes (thiamethoxam, clothianidine,…) sur la base des données scientifiques nouvelles issues des études récentes.

L'Anses rappelle que le phénomène de mortalité des abeilles est d'origine multifactorielle et nécessite d'agir sans attendre sur l'ensemble des facteurs pouvant intervenir. Dans ce cadre, en tant que laboratoire de référence de l'Union européenne, l'Anses pilote un vaste programme de surveillance épidémiologique en Europe visant à mieux caractériser le phénomène de mortalité des abeilles, en prenant en compte les agents pathogènes dans les facteurs d'affaiblissement des ruches.

Enfin, l'Anses mettra en place d'ici la fin de l'année 2012 un groupe d'experts dédié, destiné à mieux comprendre les effets sur le devenir des colonies des co-expositions aux pesticides et aux agents pathogènes, en vue d'éventuelles recommandations, d'ici à 2014, pour leur prise en compte dans la réglementation, en complément des travaux menés par l'EFSA.

Pour en savoir plus

> Consulter l'avis du 31 mai 2012 : Avis relatif à une demande d’appui scientifique et technique dans la perspective de la publication de l'article "A common pesticide decreases foraging success and survival in honey bees"