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Un guide spécifique pour évaluer les risques sanitaires des nanomatériaux dans l’alimentation

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Actualité du 11/10/2021

Les nanomatériaux sont de plus en plus utilisés dans notre alimentation, notamment pour améliorer l’aspect d’un produit alimentaire, son conditionnement ou sa teneur nutritive. Toutefois, leurs impacts potentiels sur la santé soulèvent de nombreuses questions. C’est notamment le cas du dioxyde de titane utilisé comme additif alimentaire (E171), dont la sécurité d’emploi a été questionnée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et qui est en voie d’être interdit dans l’Union européenne à compter de 2022. Pour évaluer les risques que représentent les nanomatériaux dans l’alimentation, une méthode d’évaluation « nanospécifique » est essentielle. C’est l’objet du guide scientifique que publie l’Agence ce jour.

De nombreux nanomatériaux présents dans l’alimentation

Dans le domaine alimentaire, les nanomatériaux manufacturés sont principalement utilisés :

  • En tant qu’additifs alimentaires, pour améliorer l’aspect et l’appétence du produit en modifiant sa structure, sa couleur ou sa texture. A titre d’exemple, le dioxyde de titane (E171) et le dioxyde de silicium (E551) sont utilisés respectivement comme colorant et antiagglomérant ;
  • En tant qu’additif technologique dans la formulation des matériaux au contact des aliments, pour modifier la propriété des matériaux (transparence, résistance, etc.), indiquer la présence d’éventuels pathogènes ou encore améliorer la qualité organoleptique et la conservation des aliments. C’est par exemple le cas du nano-argent utilisé pour sa fonction anti-microbienne dans les emballages plastiques ;
  • En tant qu’ingrédients à vocation nutritive, à l’image du carbonate de calcium utilisé dans les laits infantiles pour atteindre une teneur suffisante en calcium.

 

Un guide pour évaluer de manière spécifique les risques sanitaires associés aux nanomatériaux

La présence des nanomatériaux dans notre alimentation soulève de nombreuses questions sur les risques qu’ils peuvent représenter pour la santé des consommateurs. Pour être en mesure de les évaluer, une approche standard ne suffit pas. « Les nanomatériaux doivent faire l’objet d’une approche d’évaluation du risque « nanospécifique » en raison de leur complexité, de leurs propriétés et de leurs comportements. Par exemple, les nanomatériaux interagissent facilement avec d’autres substances, ce qui peut modifier leur stabilité et leur devenir dans l’organisme » explique Bruno Teste, coordinateur scientifique à l’Anses. 

L’Agence publie ce jour un guide sur une méthode d’évaluation du risque propre aux nanomatériaux manufacturés utilisés en tant qu’additifs alimentaires et ingrédients à vocation nutritive. Ce besoin d’une méthode spécifique n’est pas propre à l’Anses, puisque l’EFSA avait publié en 2018 un guide relatif à l’évaluation des dossiers portant sur des applications type additifs alimentaires, pesticides ou les matériaux au contact des denrées alimentaires en nanosciences ou nanotechnologies.

Si les deux méthodologies élaborées par l’Efsa et l’Anses reposent sur des concepts et des méthodologies d’évaluation du risque globalement proches, l’expertise a proposé des déclinaisons spécifiques en lien avec les définitions règlementaires, les mesures de la taille des particules, les propriétés de dissolution et l’identification du danger. Ce guide s’inscrit dans la continuité des travaux initiés par l’Agence au cours des dix dernières années, contribuant au débat scientifique et à la recherche de la méthode la mieux adaptée à l’évaluation des risques pour la santé que représentent les nanomatériaux manufacturés.

 

Une méthodologie à tester sur le dioxyde de titane

Dans un premier temps, cette méthodologie sera testée sur des nanomatériaux manufacturés préalablement identifiés dans la première phase de l’expertise, en fonction notamment de la disponibilité des données. A ce stade, le dioxyde de titane apparaît comme le nanomatériau pour lequel les données relatives à l’exposition et au danger sont les plus documentées. Cette démarche permettrait ainsi de mener une évaluation de risque complète pour un nanomatériau utilisé en usage alimentaire. Pour rappel, l’utilisation de cet additif est suspendue en France depuis janvier 2020 suite aux avis publiés par l’Agence en 2017 et 2019. Dans son avis de mai 2021, l’EFSA avait indiqué ne plus pouvoir considérer comme sûr l’emploi du E171 en tant qu’additif alimentaire. Le processus de décision au niveau Européen vient de franchir une nouvelle étape qui devrait conduire à son interdiction dans l’Union européenne à compter de 2022.  

 

De nouvelles études nécessaires avant l’évaluation des risques

Dans la première phase de son expertise, l’Agence avait identifié 30 substances suspectées d’être utilisées en tant qu’additifs ou ingrédients alimentaires. Elle rappelle la nécessité de conduire dès que possible des études de caractérisations physico-chimiques pour ces substances via des approches de microscopie électronique. La mesure de la taille et de la distribution granulométrique constitue en effet une étape préalable indispensable à l’évaluation du risque de ces nanomatériaux.

Par ailleurs, les conditions d’essais concernant la caractérisation physico-chimique, les calculs d’expositions et les études toxicologiques méritent d’être standardisées. Cela favorisera l’acquisition de données adaptées et exploitables dans le cadre d’une évaluation du risque.

Enfin, tant que leur innocuité n’a pu être démontrée, l’Agence rappelle la nécessité de limiter l’exposition des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement aux nanomatériaux. Pour cela, il est recommandé de favoriser les produits sûrs, dépourvus de ces substances, et équivalents en termes de fonction, d’efficacité et de coût.