Vaches dans un pré
01/12/2022
Expertise
3 mins

Graisses, gélatines et collagènes de ruminants : des précautions nécessaires pour les inclure dans l’alimentation des animaux d’élevage

La forte diminution en Europe des cas d'encéphalopathie spongiforme transmissible (EST) a conduit à alléger les contraintes d’utilisation des produits d'origine animale pour l'alimentation d'espèces productrices de denrées alimentaires. Dans l'expertise qu'elle vient de publier, l'Anses conclut que les graisses, gélatines et collagènes de ruminants ne devraient être utilisés que sous certaines conditions, afin de garantir l’absence de tout risque de transmission d’EST.

Même si les protéines transformées de ruminants sont toujours interdites pour nourrir les animaux producteurs de denrées alimentaire, la possibilité d’utiliser d’autres sous-produits, à savoir la graisse, le collagène ou la gélatine, est envisagée.

Un risque d’ESB très faible mais un danger toujours existant

Depuis le 24 mai 2022, la France est classée comme « pays à risque d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) négligeable » par l’Organisation mondiale de santé animale. Cependant, la possibilité que quelques cas asymptomatiques transitent par les abattoirs n’est pas exclue. Si les sous-produits de ces animaux sont utilisés pour l’alimentation animale après avoir été transformés, des précautions sont nécessaires pour éviter la contamination d’autres animaux. Les experts du groupe de travail de l’Anses sont particulièrement attentifs à prévenir une nouvelle propagation des agents de l’ESB : « La crise de l’ESB a probablement émergé à partir d’un très faible nombre de cas initiaux », rappellent-ils dans l’avis.

Des recommandations pour éviter la contamination des graisses par des prions

Le peu de données disponibles suggère que les prions, qui induisent l’ESB, ne s’accumulent pas dans les graisses des bovins infectés. Cependant, ces graisses pourraient être contaminées par des projections de moelle épinière. En effet, si l’animal est infecté, cette dernière est porteuse d’une grande quantité de prions. Or, lors de la fente des carcasses à l’abattoir, la lame passe dans la moelle épinière. Les graisses situées à proximité seront ainsi exposées via les projections et pourraient transmettre l’agent de l’ESB si elles sont utilisées pour l’alimentation animale.

A contrario, les experts de l’Anses considèrent que les graisses obtenues à partir de tissus adipeux distants de la colonne vertébrale ou qui ne sont pas exposées aux projections présentent un risque négligeable. Elles pourraient ainsi être utilisées en alimentation animale. L’Anses recommande que des études soient conduites pour quantifier les projections de moelle épinière sur les tissus adipeux, en tenant compte des pratiques actuelles en abattoir.

Par ailleurs, les graisses prélevées avant la fente de la carcasse ou lorsque la moelle épinière est préalablement retirée présentent un risque négligeable de transmission de l’ESB. De même, chez les animaux de moins de 48 mois, il est très peu probable que la moelle épinière soit infectieuse et contamine les graisses. La graisse des individus de moins de quatre ans pourrait donc être utilisée pour l’alimentation animale.

Quant aux moutons et aux chèvres, le groupe de travail juge le nombre de tissus susceptibles d’être infectés par l’agent de la tremblante, une autre EST, est trop élevé. Il recommande donc de ne pas utiliser les graisses de petits ruminants.

Collagène et gélatine : un point de vigilance

Le collagène et la gélatine de bovins sont produits à partir de la peau et des os de ces animaux. Leur utilisation a été autorisée au niveau européen en août 2021 pour l’alimentation des porcs et des volailles. Le principal point de vigilance relevé par les experts concerne l’utilisation d’os avec un risque élevé de contamination par les prions. L’Agence recommande donc de ne pas utiliser les colonnes vertébrales des bovins âgés de plus de 30 mois pour produire du collagène et de la gélatine.

Cette expertise vient compléter le rapport sur l’utilisation des protéines animales transformées (PAT) de porcs et de volailles publié en 2021.

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