Formulaire de recherche

marianne anses

L'article a été ajouté à votre bibliothèque

Mis à jour le 10/05/2021

Le bien-être animal en 8 questions

Mots-clés : Bien-être animal, Santé animale

Le concept de bien-être animal est à la croisée de nombreuses influences, parfois contradictoires, philosophiques et morales, scientifiques, technologiques et économiques, règlementaires et sociétales. Le bien-être des animaux qui vivent sous la dépendance des humains, animaux d’élevage, de compagnie, utilisés à des fins scientifiques, ou de zoo, prend une place de plus en plus importante dans notre société. Qu’est-ce que le bien-être animal ? Bien traiter un animal est-il vraiment suffisant ? Comment mesure-t-on objectivement le bien-être animal ? Est-il possible de repenser l’élevage pour l’améliorer ? Que fait l’Anses sur le sujet ? Toutes les réponses sont dans notre article.

SOMMAIRE :

Qu’est-ce que le bien-être animal ?

Le bien-être d’un animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal (Anses, 2018). Une bonne santé, un niveau de production satisfaisant pour les animaux de rente ou une absence de stress ne suffisent donc pas pour justifier un état de bien-être satisfaisant, il faut aussi se soucier de ce que l’animal ressent, des perceptions subjectives déplaisantes, telles que la douleur et la peur, et rechercher les signes d’expression d’émotions positives (satisfaction, plaisir…).

« L’évaluation du bien-être doit être réalisée du point de vue de l’animal. On ne doit plus tenter d’adapter l’animal à son milieu mais bien d’adapter l’environnement de l’animal (élevage, transport, …) à ses besoins » selon Virginie Michel, coordinatrice national des activités sur le bien-être animal à l’Anses.

Le bien-être animal est une démarche animal-centrée, contrairement à la bientraitance (voir encadré).

Ne pas confondre bien-être animal et bientraitance

La bientraitance correspond aux actions que l’humain engage ou réalise dans l’intention de répondre aux besoins des animaux tels qu’il les interprète, comme bien nourrir, bien loger, soigner. Il s’agit d’une démarche anthropocentrée qui ne tient pas compte du ressenti de l’animal ou des émotions positives.

Comment mesure-t-on le bien-être animal ?

Les modifications du comportement sont souvent les premiers indicateurs d’un état de mal-être. L’étude du comportement des animaux est donc essentielle et fait partie des outils mis en place par les chercheurs pour évaluer le bien-être animal. L’étude de la physiologie des animaux, de leur état de santé, ou en dernier lieu de leur production peuvent également participer à l’évaluation du BE. Par exemple, si une baisse de production peut être signe d’un état de mal-être ou d’un problème de santé, une production satisfaisante ne peut en aucun cas être considérée comme synonyme d’un bien-être optimal.

 

Le saviez-vous ?

L’éthologie, du grec « ethos, manière d'être », est la science qui étudie le comportement des animaux.

L’utilisation de plus en plus répandue d’outils d’évaluation donne une vision plus objective et plus précise de la situation vis-à-vis du bien-être des animaux. Par exemple le protocole Welfare Quality® propose une évaluation globale du bien-être animal. Ce protocole a été développé et testé et validé pour plusieurs espèces : porcs, bovins, volailles.

Qu’est-ce que le Centre national de référence et le Centre européen de référence pour le bien-être animal des volailles et autres petits animaux d’élevage ?

Le Centre national de référence pour le bien-être animal fédère les acteurs de la recherche, du développement et de la formation afin de valoriser et diffuser les connaissances, les innovations et les savoir-faire et faciliter l’intégration du bien-être animal dans la conception de systèmes d’élevage durables (animaux d’élevage, animaux de compagnie, faune sauvage captive). 

Le Centre européen de référence pour le bien-être animal contribue à assister les Etats membres et la Commission Européenne dans l’application de la réglementation européenne concernant le bien-être et la protection des animaux. A ce jour, 3 centres existent : sur les porcs, sur les volailles, lapins et autres petits animaux de ferme et sur les équidés et ruminants. Leur mission consiste à développer et diffuser des connaissances et outils afin d’optimiser les contrôles officiels liés au bien-être animal conduits à tous les stades de la production par les autorités compétentes de chacun des États membres.

L’Anses est membre du Centre national de référence et coordonnateur du Centre européen sur les volailles, lapins et autres petits animaux de ferme depuis le 1er février 2020 et pour les cinq prochaines années.

Quel encadrement pour le bien-être animal ?

Le bien-être animal est encadré par des réglementations européennes qui sont transposées en droit nationaux (directive) ou applicables en l’état (règlement). Ces réglementations encadrent l’élevage de certaines espèces de rente - veaux, porcs, poules pondeuses et poulets de chair -, l’abattage et le transport des animaux.

Une directive européenne de 1998 encadre le bien-être des animaux d’élevage mais n’a pas la précision des textes spécifiques. Les pays de l’Union européenne ont la liberté de prendre des décisions réglementaires spécifiques plus contraignantes mais doivent a minima respecter les textes européens.

Des cahiers des charges spécifiques comme le bio ou le Label rouge existent, mais, s’ils donnent accès aux animaux à l’extérieur dans la plupart des cas, n’ont pas de normes spécifiques sur le bien-être animal. Enfin, des labels privés existent également, mais n’engagent que ceux qui les délivrent, sans validation particulière des critères utilisés pour caractériser le bien-être animal.

Comment repenser l’élevage pour améliorer le bien-être animal ?

Les conditions de vie et l’environnement des animaux en élevage conditionnent leur bien-être, leur santé et leurs performances et constitue ainsi un enjeu majeur.

L’Anses travaille à la fois sur :

  • les systèmes d’élevage existants en essayant d’améliorer les conditions de vie des animaux, notamment à travers leurs conditions de logement . Par exemple, il a été démontré que l’enrichissement du milieu de vie, à travers la mise à disposition d’objets à picoter renouvelés régulièrement depuis le jeune âge, permet de diminuer le picage chez les poules pondeuses, même élevées en cage. La diminution de la densité en élevage de poulets est également un facteur important d’amélioration de leur bien-être par la diminution des problèmes de boiteries et de lésions des pattes.
  • le développement de systèmes innovants proposant des conditions d’élevage alternatives. L’objectif de ces nouveaux systèmes est de placer les animaux dans des conditions de vie améliorant leur bien-être en leur permettant d’exprimer leurs comportements naturels, de confort, de repos, d’exploration, de jeu, afin de limiter le stress, réduire les comportements anormaux, améliorer leur santé et ainsi réduire le recours aux médicaments. L’Agence a pour objectif d’expérimenter par exemple l’utilisation de jardins d’hiver en volailles. Ces espaces hybrides offrent aux animaux un accès protégé à l’extérieur, à la lumière naturelle, à davantage d’espace et à un substrat disponible pour l’exploration et les comportements de confort, tout en limitant les dangers du monde extérieur, comme l’interaction avec la faune sauvage potentiellement porteuse d’agents pathogènes.

Enfin, l’Agence évalue l’impact des systèmes d’élevage sur la qualité des produits, la santé des animaux et la santé de l’Homme.

 

Ecoutez notre podcast "Toujours carnivores demain ?"

L’amélioration des conditions d’élevage pourrait-elle réconcilier les végétariens avec l’alimentation carnivore ? Pourquoi avons-nous abandonné l’abattage à la ferme ? Un retour en arrière est-il à la fois possible et souhaitable ? Consommons-nous trop de viande ? Bref, serons-nous toujours carnivores demain ?

Voyagez avec nous en 2031 pour savoir comment la science d'aujourd'hui anticipe les risques de demain.

Zootopique est une série d'anticipation créée par l'Anses et composée de 5 épisodes. 

Peut-on améliorer le bien-être des animaux utilisés à des fins expérimentales ?

Si les conditions de vie des animaux en élevage conditionnent leur santé et leur bien-être, il en va de même pour les animaux utilisés à des fins expérimentales. De nombreuses publications scientifiques indiquent une diminution de la variabilité des résultats obtenus lorsque les conditions de vie des animaux en expérimentation sont améliorées. Au-delà du simple respect de la règlementation, améliorer les conditions de vie des animaux permettrait donc de contribuer à l’amélioration des résultats de recherches. Cela pourrait notamment passer par l’optimisation des conditions de vie en milieu expérimental, en intégrant plus fréquemment des enrichissements du milieu par exemple. Au cours des expérimentations en infectiologie par exemple, lorsque le protocole expérimental le permet, le logement des animaux au sol sur litière plutôt qu’en cages est privilégié. Une litière friable et de bonne qualité permet aux volailles d’exprimer leur comportement de grattage et d’exploration. Par ailleurs, il est possible de mettre à la disposition des animaux des objets manipulables : différents supports de picotage/grattage pour les volailles, caches pour les lapins, etc.

Qu’est-ce que le concept « One Welfare, un seul bien-être » ?

Inspiré du concept « One health, une seule santé », le « One welfare, un seul bien-être » reconnaît les liens directs entre le bien-être de l’animal et celui des Hommes.

A titre d’exemple, ce concept peut se traduire par :

  • Un lien entre bien-être des animaux et bien-être de l’éleveur : l’éleveur partage ses conditions de travail avec ses animaux. A titre d’exemple, l’installation de fenêtres dans les bâtiments permettant l’accès à la lumière naturelle pour les animaux qui est fortement appréciée par l’éleveur lui-même, et l’état de bien-être des animaux pouvant également impacter sa satisfaction au travail.
  • Le bien-être des consommateurs, satisfaits des systèmes d’élevages qu’ils cautionnent en achetant leurs produits alimentaires.
  • Le bien-être du personnel d’abattoir pour lequel l’amélioration du design des outils d’abattage et de la protection des animaux conduit à de meilleures conditions de travail et plus de satisfaction, et en retour un meilleur traitement des animaux.

L’Anses fait partie du réseau mixte technologique One Welfare qui permet de développer des travaux multidisciplinaires sur ce sujet.

Quels sont les autres travaux portés par l’Anses en matière de bien-être animal ?

  • L’impact de l’expérience périnatale et dans le jeune âge sur les conditions de vie ultérieures des animaux : par exemple, les conditions d’attente et de transport des poussins après éclosion jusqu’à la mise en place en élevage ;
  • L’impact de l’enrichissement du milieu sur le bien-être et la santé des animaux, notamment dans le cadre de l’arrêt des mutilations (épointage du bec des oiseaux, coupe des queues des porcs, castration à vif des porcelets…).
  • L’identification de pratiques déjà adoptées et à développer pour améliorer le bien-être des chèvres et le développement d’indicateurs d’évaluation du bien-être: à la fois pour les jeunes caprins et les adultes, et pour des chèvres ayant accès ou non au pâturage

L’Anses a publié plusieurs avis structurants :