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Agence nationale de sécurité sanitaire
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et du travail

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Mis à jour le 09/11/2017

Les perturbateurs endocriniens

Travaux et implication de l’Agence sur les perturbateurs endocriniens

Mots-clés : Perturbateurs endocriniens, Risques chimiques, Bisphénol A (BPA)

Au cours des dernières décennies, diverses études scientifiques ont mis en évidence une évolution de la fréquence de pathologies, touchant notamment les organes de la reproduction ou encore des altérations de la fertilité. Ainsi, de fortes préoccupations sont exprimées sur l’impact sanitaire potentiel  de substances, présentes dans l’environnement ou dans des produits de consommation, sur le système hormonal. La compréhension du rôle joué par ces substances, dites "perturbateurs endocriniens", leurs modalités d’action, comme la part attribuable de leurs effets dans l’accroissement de ces pathologies, fait l’objet de controverses scientifiques et sociétales. L’Anses réalise des travaux d’évaluation du risque, de veille scientifique et de référence sur les perturbateurs endocriniens. Elle contribue notamment à la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens et mène depuis 2009 un travail d’envergure visant une trentaine de substances au regard de leur action potentielle de perturbateur endocrinien. Elle soutient par ailleurs des travaux de recherche dans le cadre de son Programme national de recherche en environnement-santé-travail (PNR-EST).

Que sont les perturbateurs endocriniens ?

La définition des perturbateurs endocriniens  la plus communément admise est celle proposée par l’Organisation mondiale de la santé en 2002 :

"Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)- populations".

"Un perturbateur endocrinien potentiel est une substance ou un mélange exogène, possédant des propriétés susceptibles d’induire une perturbation endocrinienne dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations".

D’où viennent les perturbateurs endocriniens ?

Les perturbateurs endocriniens peuvent être d’origine naturelle (hormones et phytoestrogènes) ou résulter d’activités humaines (contenus dans des objets de consommation courante, dans des produits de traitement des cultures, dans des médicaments ou produits cosmétiques, etc.). Ils peuvent ainsi être présents dans l’environnement du fait d’une contamination de différents milieux (eaux, aliments, air, poussières, produits ou articles de consommation…).

En perturbant le système endocrinien, ces substances peuvent altérer différents processus tels que la production, l’utilisation et le stockage de l’énergie et plus largement la régulation du métabolisme et le développement. Certaines de ces substances peuvent par ailleurs avoir d’autres effets toxiques, notamment sur la reproduction, et nuire à la fertilité ou perturber le développement du fœtus.

Comment les perturbateurs endocriniens agissent-ils ?

Les perturbateurs endocriniens peuvent :

  • mimer l’action d’une hormone naturelle et entrainer ainsi la réponse due à cette hormone,
  • empêcher une hormone de se fixer à son récepteur et ainsi empêcher la transmission du signal hormonal,
  • perturber la production ou la régulation des hormones ou de leurs récepteurs.

Quelles sont les particularités de ces substances ?

De nombreux effets attribués aux perturbateurs endocriniens sont observés dans des études expérimentales chez l’animal. Toutefois, elles soulèvent dans de nombreux cas la question de l’extrapolation des résultats  des effets à l’homme, notamment pour des expositions à de faibles niveaux de concentration. Les travaux réalisés montrent, en outre, que la sensibilité aux perturbateurs endocriniens peut varier selon les périodes de la vie. C’est notamment le cas de la période du développement foeto-embryonnaire, des nourrissons et des jeunes enfants, qui  présentent une sensibilité accrue à ces substances. Il est ainsi nécessaire de prendre en compte la période d’exposition à ces substances dans l’analyse de leurs effets.

Enfin, divers composés suspectés d’être des perturbateurs endocriniens sont présents dans l’environnement à l’état de traces. L’individu se trouve ainsi exposé par de multiples voies (ingestion, inhalation, contact cutané), à des niveaux de concentration faibles.

La compréhension des effets des perturbateurs endocriniens demande ainsi d’adopter une vision intégrative en replaçant l’homme dans son environnement, mais également de prendre en compte l’exposition de l’individu à un mélange de substances chimiques et de comprendre leurs interactions au sein de l’organisme humain sur le long terme, dès la période du développement foeto-embryonnaire.

Face à cette complexité, la connaissance des effets des perturbateurs endocriniens aux niveaux de concentration  observés dans l’environnement se heurte aux limites de la toxicologie classique et des méthodes d’évaluation des risques. La question est donc d’en développer de nouvelles, adaptées aux spécificités de ces composés.

 

Expertise de l’Anses sur une trentaine de substances

L’Anses a été saisie en 2009 par la Direction générale de la santé afin d’identifier et de caractériser des situations d’exposition potentiellement à risque pour la santé, notamment des populations les plus vulnérables, liées à l’utilisation de produits de consommation courante et/ou d’articles contenant certaines substances chimiques.

La demande portait sur une trentaine de substances classées reprotoxiques de catégorie 2 (selon le règlement (CE) n°1272/2008 relatif à la classification, à l'étiquetage et à l'emballage des substances et des mélanges, dit règlement CLP) ou identifiées comme potentiellement « perturbateurs endocriniens » par la Commission européenne.

Les deux premiers rapports publiés dans ce cadre, en septembre 2011, sont relatifs aux effets sur la santé et aux usages du bisphénol A (BPA). L’Agence identifiait à cette occasion comme objectif prioritaire la prévention des expositions des populations les plus sensibles (nourrissons, jeunes enfants et femmes enceintes ou allaitantes). Elle recommandait une réduction de ces expositions, notamment par la substitution du bisphénol A dans les matériaux au contact des denrées alimentaires. Le rapport d’expertise sur l’évaluation des risques liés à l’exposition au bisphénol A, qui a été publié au mois d’avril 2013, a confirmé ces effets sanitaires, en particulier pour la femme enceinte au regard des risques potentiels pour l’enfant à naître. Ces travaux ont conduit à identifier la part des expositions par voie alimentaire (80%) mais aussi l’existence d’une exposition par inhalation (via l’air ambiant) et par voie cutanée (au contact de produits de consommation). Des situations d’exposition particulières au milieu de travail, notamment liées à la manipulation de papiers thermiques (tickets de caisse, reçus de cartes bancaires,…), ont également été mises en évidence.

Le Parlement a adopté en décembre 2012 une loi visant à la suspension de la fabrication, de l'importation, de l'exportation et de la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du bisphénol A. Ainsi, depuis le 1er janvier 2015, le bisphénol A est interdit dans les biberons et autres contenants alimentaires. Cette législation devrait conduire à une baisse très significative du niveau d’exposition à cette substance.

La Commission européenne a adopté en juillet 2016 une proposition de classification du BPA en tant que toxique pour la reproduction de catégorie 1B à la suite d’une demande de la France instruite par l’Agence. Par ailleurs une proposition de restriction du BPA dans certains articles destinés au grand public, comme les tickets thermiques, a été instruite par l’Agence auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) dans le cadre du règlement (CE) n° 1907/2006 du 18/12/06 concernant l'enregistrement, l'évaluation et l'autorisation des substances chimiques, ainsi que les restrictions applicables à ces substances (REACh). Cette proposition a conduit à une mesure de restriction publiée par la Commission européenne en décembre 2016.

Outre les travaux sur le bisphénol A, trois autres rapports ont été publiés en 2013 par l’Anses : un état des lieux des alternatives potentielles au bisphénol A, une évaluation des dangers d’autres composés de la famille des bisphénols et un premier rapport sur les incertitudes entourant les perturbateurs endocriniens.

Depuis 2014, dans le cadre de cette saisine, douze substances susceptibles d’être retrouvées dans des mélanges à usage grand public (vernis, colles, peintures, etc.) ont été évaluées par l’Anses : o-phénylphénol (OPP), toluène, n-hexane, cis-1(3-chloroallyl)-3,5,7-triaza-1-azonia adamantane chloride (cis-CTAC), methyl-tertiary-butyl-éther (MTBE), 4-chloro-3-méthylphénol ou chlorocrésol, 4-nitrophénol, 4-tert-octylphénol, DEGME (ou 3-méthoxy éthoxy éthanol), 4-ter-butylphénol 4), 4-nonylphénol, chloroacétamide.

En 2015, les substances de la famille des perfluorés et des phtalates ont fait l’objet de travaux d’expertises publiés par l’Agence, notamment sur les effets et les usages de ces substances, les sources d’exposition, la contamination de différents milieux.

Des travaux de même nature ont été publiés en 2017 sur les composés de la famille des polybromés.

Ces travaux ont servi de base à la priorisation des substances à évaluer dans le cadre de la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE 2014-2016).

 

Le rôle de l’Anses dans le cadre de la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens

L’Anses, dans le cadre de la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) adoptée en 2014, s’est vu confier l’évaluation d’au moins cinq substances par an sur trois ans. Dès lors que certaines substances soumises à l’expertise de l’Agence sont suspectées de présenter des effets de type perturbateur endocrinien et/ou un risque pour la santé ou l’environnement, il est demandé à l’Anses de proposer des mesures de gestion des risques appropriées dans le cadre de réglementations européennes (REACh, biocides, produits phytopharmaceutiques ou toute autre réglementation appropriée). Elles pourront par exemple faire l’objet d’une inscription sur la liste des substances extrêmement préoccupantes candidates établie par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) au titre du règlement REACh, pouvant conduire à des restrictions d’usage dans certains secteurs de production industrielle.

En 2014, l’Anses a produit une expertise sur cinq substances dans le cadre de la SNPE. L’expertise conclut que le MTBE, le DEHTP et le DINCH, qui ont été testés dans de nombreuses études, ne montrent pas de caractère perturbateur endocrinien. Pour ce dernier, une incertitude persiste cependant quant aux effets thyroïdiens possibles sur le développement neurocognitif des nouveau-nés ou prématurés. Pour le BHA et le méthyl parabène, des études complémentaires sont préconisées dans le cadre de REACh.

En 2015, l’Anses a conduit l’analyse de six substances : l’ATBC (acétylcitrate de tributyle), le TBC (citrate de tributyle), le BHT (hydroxytoluene butylé), l’acide téréphtalique, le méthyl-salicylate, l’amitrole et l’iprodione.

En 2016, l’Anses a conduit l’analyse de cinq substances qui ont fait l’objet d’une publication : le TMBPF, le triclocarban, le RDP ont fait l’objet d’une analyse des meilleures options de gestion des risques, suivant la procédure en vigueur utilisée par l’ECHA et les Etats membres de l’Union européenne. Le dicyclopentadiène et le sulfate d’étain ont fait l’objet d’une évaluation au titre règlement REACh en raison d’une suspicion d’effet reprotoxique et en raison d’une suspicion de propriétés cancérogène, mutagène et reprotoxique (CMR) et d’effet sensibilisant, respectivement.

En 2017, cinq substances ont été portées au programme de travail de l’Agence : l’homosalate, le triflusulfuron méthyl, le triphényl phosphate, le bisphénol B et le BDE-47.

En outre, à la suite d’une saisine du ministère chargé de l’environnement, l’Agence a soumis en 2016 un dossier à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) dans le cadre du règlement REACh visant à demander une restriction d’usage du bisphénol A en tant que substance extrêmement préoccupante au titre de sa toxicité pour la reproduction.

L’Anses a également soumis en février 2017 auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) une proposition de classement du bisphénol A (BPA) comme substance extrêmement préoccupante (SVHC-substance of very high concern) dans le cadre du règlement européen REACh, au titre de ses propriétés « perturbateur endocrinien » pour la santé humaine. Cette proposition a été adoptée par le comité des Etats membres de l’ECHA au mois de juin 2017.

 

Identification des critères "perturbateurs endocriniens" 

La législation européenne imposait à la Commission européenne d’encadrer les perturbateurs endocriniens avant fin décembre 2013 (dans les règlements biocides et phytopharmaceutiques). Les propositions successives de critères « perturbateurs endocriniens » présentées par la Commission européenne depuis juin 2016 ont à ce jour été rejetées par les Etats membres. L’Anses a publié en juillet 2016, en réponse à une demande du ministère chargé de l’environnement, un avis portant une proposition de critères d’identification des perturbateurs endocriniens.

Dans ses conclusions, l’Agence recommande de retenir la définition et les critères d’identification des perturbateurs endocriniens de l’option 3 de la feuille de route de la Commission européenne de 2014, permettant de distinguer les perturbateurs endocriniens en trois catégories : « avérés », « présumés » et « suspectés ». L’Agence préconise par ailleurs que la classification des perturbateurs endocriniens soit réalisée par une instance européenne unique, de manière à éviter tout risque de divergence de classification pour une substance donnée.

Depuis, les Etats membres ont adopté le 4 juillet 2017 au comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale (comité réglementaire sur les produits phytopharmaceutiques), une proposition de juin 2017 de la Commission européenne sur les critères d’identification des perturbateurs endocriniens. De même, cette définition a été actée en juillet 2017 dans le cadre du règlement Biocides. Le Parlement européen examinait en septembre 2017 la proposition de la Commission européenne concernant les perturbateurs endocriniens dans les pesticides pour un vote devant intervenir début octobre 2017 en séance plénière.

 

Autres travaux de l’Agence sur les perturbateurs endocriniens

En 2015, l’Agence a publié les résultats d’une expertise sollicitée par la DGCCRF en 2011, visant à évaluer les effets sanitaires et environnementaux potentiels des retardateurs de flamme utilisés dans les meubles rembourrés. Pour chacune des 22 substances identifiées par l’Agence parmi celles les plus utilisées, les données disponibles ne permettent pas d’exclure une toxicité potentielle pour la santé et/ou des effets sur l’environnement.

En 2016, des travaux d’expertise ont été publiés par l’Agence à la suite d’une autosaisine en lien avec la présence de phtalates ou de substances de substitution dans des jouets et articles de puériculture en plastique souple pouvant être mis en bouche par les enfants de moins de trois ans. Ces travaux n’ont pas mis en évidence de risque pour la santé des enfants pour quatre des substances étudiées qui sont des substituts de phtalates (DINCH, DEHTP, ATBC et TXIB). L’Agence recommande toutefois qu’une évaluation des risques soit conduite systématiquement, préalablement à leur mise sur le marché, pour toute substance nouvelle entrant dans la composition des plastiques utilisés dans les jouets et équipements destinés aux enfants.

L’Anses a également publié en 2016 un rapport sur le traitement de l’incertitude dans le processus d’évaluation des risques sanitaires des substances chimiques, offrant une réflexion sur la caractérisation et la prise en compte de l’incertitude en évaluation des risques sanitaires. Ces travaux résultent des développements méthodologiques mis en œuvre par l’Agence depuis plusieurs années pour mieux décrire les incertitudes et renforcer le poids des preuves dans les travaux d’évaluation des risques sanitaires ; ils ont pour ancrage les travaux d’expertise sur les perturbateurs endocriniens.  

D’autres travaux sont produits par l’Agence en lien avec la problématique des perturbateurs endocriniens :